














Directeur d'études à l'EHESS

Ni la morale ni la théorie ne donnent cher du spéculateur contemporain. Ce cyclothymique n'est pas raisonnable: il confond la bourse et la roulette. La science économique peine à le comprendre, sauf à dire qu'il est guidé par le profit. Une théorie du spéculateur est pourtant possible.Version française.
Whether it comes from ethics or from theory, the impression is that the days of the contemporary speculator are numbered. For this moody character is reckless: he is one to confuse the stock market and roulette. Economic theory has a hard time understanding him. Nevertheless, a theory of the speculator is possible.
Parution du livre de Caroline Ehrhardt, Évariste Galois. La fabrication d’une icône mathématique, 2011 (collection « En temps & lieux », 29)."Les sciences sociales et l’histoire ont-elles quelque chose de pertinent à dire sur les mathématiques ? Les sciences sociales y gagnent-elles quoi que ce soit ? Et leur propos a-t-il de quoi intéresser les mathématiciens ? À ces questions, l’étude que Caroline Ehrhardt a consacrée à la brève vie d’Évariste Galois, à son activité effective et aux époques de sa postérité conduit à répondre trois fois oui. Or on touche ici à certains des domaines les plus exemplaires et les plus abstraits des mathématiques contemporaines : la théorie des groupes et celle des structures algébriques. [...]
L’objet de sciences sociales et de l’histoire, ici, n’est pas la ressemblance de certains aspects des activités scientifiques avec d’autres activités humaines, mais l’abstraction même, c’est-à-dire les opérations concrètes – humaines ou sociales comme on voudra – par lesquelles les traces de l’activité savante et les formes de raisonnement qui y sont associées gagnent une portée temporelle qui dépasse tout à fait leurs conditions datées de production, c’est-à-dire un degré très élevé d’autonomie relative par rapport aux activités comparables. [...]
Caroline Ehrhardt explore-t-elle avec persévérance l’apport en histoire des mathématiques de démarches familières aux historiens généralistes, telles l’histoire intellectuelle et l’histoire matérielle de l’abstraction à la manière de Jean-Claude Perrot, ou bien aux sociologues généralistes, telle la théorie de la mémoire collective de Maurice Halbwachs, théorie qui connaît aujourd’hui un regain d’intérêt considérable dans le monde entier. Caroline Ehrhardt démontre par l’exemple la portée en histoire des sciences de démarches aujourd’hui bien identifiées dans les domaines les plus généraux de l’histoire et des sciences sociales qui ont effectivement, on le voit, quelque chose de pertinent à dire sur les mathématiques.
À ces disciplines généralistes, elle apporte deux éléments précieux. En premier lieu, c’est un registre de comparaisons inépuisables qui permettra de mieux cerner ce qui caractérise les plus abstraites des activités humaines. Mais c’est aussi un approfondissement de certains aspects de la théorie de la mémoire collective dans le cas d’activités hautement stylisées, hautement institutionnalisée. Il renforce le domaine des memory studies où la production est aujourd’hui très intense. Il est clair que les sciences sociales ont ici beaucoup à gagner pour disposer des moyens de traiter de front la production et la transmission des choses les plus abstraites.
Mais l’un des aspects à mes yeux les plus inattendus de la réception des recherches de Caroline Ehrhardt est sans doute celle que les chercheurs en mathématiques inscrits dans la postérité galoisienne lui accordent aujourd’hui. Ils découvrent en effet dans ses travaux une densité de textes liée d’une manière ou d’une autre à l’œuvre de Galois. Ils saisissent les conditions dans lesquelles ils ont été écrits et leurs enjeux souvent perdus de vue. L’histoire des mathématiques a ainsi gagné en épaisseur, en densité, en variabilité, non seulement pour les sciences sociales mais encore pour les mathématiciens spécialisés eux-mêmes. Les recherches de Caroline Ehrhardt ouvrent ainsi des pans oubliés et donc insoupçonnés de lisibilité proprement mathématique. Voici qui intéresse les mathématiciens."
Extrait de la préface (Éric Brian, p. 9-13)